Soulever des charges deux fois par semaine a fait nettement reculer les symptômes dépressifs de jeunes femmes anxieuses, y compris avec des charges très légères : c’est le résultat d’un essai de l’université de Limerick, en Irlande, publié dans le Journal of Affective Disorders et remis en lumière cette semaine par La Presse.
- 55 jeunes femmes anxieuses, débutantes en musculation, suivies pendant huit semaines.
- Baisse des scores de dépression de 54 % avec des charges lourdes, de 43 % avec des charges légères.
- L’écart entre les deux groupes n’est pas significatif sur le plan statistique.
- Les chercheurs y voient un complément aux soins, pas un traitement à part entière.
Comment l’essai a-t-il été mené ?
L’équipe de Matthew Herring et Darragh O’Sullivan a recruté des femmes d’environ 22 ans en moyenne, qui présentaient des symptômes d’anxiété généralisée sans forcément avoir reçu de diagnostic clinique, et qui ne pratiquaient pas la musculation. Le détail du protocole est décrit par PsyPost.
Les participantes ont été réparties au hasard en deux groupes. Le premier soulevait 70 à 80 % de sa charge maximale, le second environ 20 %. Dans les deux cas, les séances se faisaient en tête-à-tête avec un encadrant, deux fois par semaine.
Le groupe « léger » devait servir de témoin : un entraînement assez doux pour ne presque rien changer physiquement. Il s’est révélé bien plus efficace que prévu.
Quels résultats sur le moral ?
Les deux groupes ont rempli un questionnaire de 16 questions sur leurs symptômes dépressifs. Le groupe à haute intensité a vu son score baisser de 54 %, le groupe à faible intensité de 43 %. La différence entre les deux n’atteint pas le seuil statistique : les deux approches ont donc aidé, sans vainqueur net.
Côté force, en revanche, la hiérarchie est claire : +41 % chez les femmes qui soulevaient lourd, +21 % chez les autres. Un mois après la fin du programme encadré, l’essentiel du bénéfice psychologique était toujours là, selon les auteurs.
Pourquoi même une charge légère semble-t-elle aider ?
Interrogé par La Presse, le Dr Nicholas Fabiano, résident en psychiatrie à l’université d’Ottawa, y voit un message rassurant : une activité de faible intensité peut déjà avoir des effets sur la santé mentale et constitue souvent « un très bon point de départ ».
Plusieurs pistes sont avancées. Les muscles sécrètent des myokines, des substances qui dialoguent avec le cerveau et réduisent l’inflammation. Mais le psychiatre insiste surtout sur la dimension psychologique : une routine structurée, des progrès visibles d’une semaine à l’autre et le sentiment d’être capable d’en faire davantage.
Le cadre compte aussi. Sortir de chez soi, retrouver un encadrant, tenir un rendez-vous fixe : une partie de l’effet tient peut-être à ce lien social plus qu’à la barre elle-même.
Quelles limites faut-il garder en tête ?
L’échantillon est petit et très ciblé : de jeunes adultes, uniquement des femmes, avec une anxiété « infra-clinique ». Rien ne dit que les résultats s’appliquent aux hommes, aux personnes plus âgées ou aux patients diagnostiqués.
Les symptômes ont été mesurés par questionnaire, une méthode sensible aux attentes des participantes. Et le groupe « léger » a tout de même gagné en force, ce qui en fait un témoin imparfait.
Les auteurs le répètent : l’activité physique n’est pas une panacée. Elle se combine à la psychothérapie ou à un traitement médicamenteux quand ils sont nécessaires, elle ne les remplace pas.
Ce que cela change pour une débutante en salle
Pour qui hésite à pousser la porte d’une salle par peur de ne pas « soulever assez », l’étude enlève une pression. Le protocole tient en deux séances encadrées par semaine, et même la version la plus légère a produit un effet mesurable sur le moral.
La progression reste la clé côté muscle : les gains de force ont été deux fois plus importants avec des charges lourdes. Commencer léger, apprendre les mouvements avec un coach, puis augmenter les charges au fil des semaines permet de profiter des deux.
En cas d’anxiété ou de déprime qui s’installe, le premier interlocuteur reste le médecin traitant ou un psychologue. La musculation peut ensuite devenir l’un des leviers du quotidien.
Questions fréquentes
Combien de temps a duré le programme ?
Huit semaines, à raison de deux séances supervisées par semaine, selon le compte rendu de PsyPost.
Faut-il soulever lourd pour se sentir mieux ?
Pas forcément : la baisse des symptômes dépressifs a été proche dans les deux groupes (54 % et 43 %), sans écart statistiquement significatif.
La musculation remplace-t-elle un traitement ?
Non. Les auteurs la présentent comme un complément à la psychothérapie ou aux médicaments, pas comme une alternative.
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